Après Microsoft, Google dans le collimateur de l’UE

Dans son rapport annuel sur la protection des données en Europe, le contrôleur européen Peter Hustinx a mis en garde la société américaine Google au sujet de la fonctionnalité Street View de son service Google Maps, rapporte le site d’information EU Observer. Si cette option, qui permet de visualiser les rues de certaines villes, était lancée dans les Etats membres de l’UE, elle pourrait aller à l’encontre des lois européennes sur la protection de la vie privée. 

Déjà expérimenté aux Etats-Unis, Street View permet aux utilisateurs de Google Maps d’obtenir une vue à 360 degrés et en couleurs des rues des grandes villes. Les internautes peuvent donc s’y promener virtuellement. Les images (plutôt impressionnantes) sont construites à partir de photos prises par des véhicules équipés de caméras sur le toit. Des questions de confidentialité se posent notamment lorsque des personnes marchant dans la rue apparaissent sur ces photos. Comme le souligne EU Observer, ce n’est pas vraiment un problème quand elles visitent l’Empire State Building, mais dès lors qu’elles elles entrent dans un cinéma pornographique ou qu’elles urinent en public, on peut dire que la vie privée de ces personnes est clairement atteinte…

 

Lors de la présentation du rapport annuel sur la protection des données, jeudi 15 mai, Peter Hustinx a indiqué aux journalistes que si Google lançait Street View en Europe, l’entreprise devrait d’abord se conformer à la législation européenne en matière de confidentialité qui, dans beaucoup d’États membres, est plus stricte qu’aux États-Unis. M. Hustinx a déclaré que « la plupart du temps, prendre des photos dans la rue ne pose aucun problème, mais prendre des photos partout est clairement susceptible de créer des problèmes. »

 

« La mise en conformité avec la loi européenne de protection des données va déterminer le succès ou l’échec de leur affaire », a ajouté M. Hustinx. « S’ils n’en tiennent pas compte, cela pourrait conduire à un procès. » L’entreprise n’a pas encore lancé le service en Europe, mais elle a annoncé son intention de le faire l’année prochaine. Des véhicules Google équipés de caméras ont déjà été repérés dans les rues de Rome et de Paris. Répondant aux inquiétudes de l’UE, l’entreprise a indiqué qu’elle travaillait au perfectionnement de sa technique de « floutage » des visages, en la testant notamment sur les rues bondées de Manhattan.

 

Le contrôleur européen de la protection des données a par ailleurs abordé la question des bases de données ADN. Dans son rapport, il a averti que les règles autorisant la police à vérifier les bases de données ADN de tous les États membres ne protègent pas suffisamment la confidentialité des citoyens. Ces règles ont été adoptées en juin 2007 par les États membres de l’UE, pour une période de trois ans. Des mesures de protection accompagnaient ces autorisations mais elles sont jugées trop complexes pour être appliquées.

 

Peter Hustinx a avancé que « dans certains cas ce serait un cauchemar, non seulement pour les citoyens, mais aussi pour les autorités qui mettent en application les lois. » Il a poursuivi en indiquant que « les touristes pourraient être suspectés lors d’une enquête criminelle transfrontalière, seulement pour avoir bu un verre dans une station service. »


[Communiqué de presse sur le rapport 2007 du CEPD]

2 commentaires

  1. Qui est ce « contrôleur européen » et quelle est sa fonction au juste ?

    Il semble en effet que après plusieurs plaintes aux États-Unis, Google fasse des efforts.

    Pour ma part j’ai vu la voiture de street view passer devant moi dans le 14e… avec une poussette. Situation qui risque de nuire gravement à mon image de playboy. Puis-je leur faire un procès à votre avis si cette photo est diffusée dans le monde entier ?

  2. @ Valery:
    Le rôle du contrôleur européen de la protection des données (CEPD), Peter Hustinx, est de protéger les données à caractère personnel et la vie privée. Il contrôle par exemple l’utilisation des données personnelles par les fonctionnaires européens. Peter Hustinx a été nommé en 2004 pour 5 ans, à la suite d’une décision du Parlement européen et du Conseil.

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