Bioénergies, agriculture … et pétrole

Une politique énergétique européenne est plus que jamais d’actualité. L’Union européenne (UE) prépare actuellement « l’après Kyoto » (voir aussi notre dossier) dans le cadre de la conférence des Nations Unies sur le réchauffement climatique qui se tiendra à Bali, du 3 au 15 décembre.

Et si on tentait de se passer du pétrole ? s’interrogent Charlotte Lepri et Sylvie Matelly (IRIS), alors que la découverte de nouveaux gisements permet d’en relativiser la pénurie. Si ces derniers s’avèrent, pour des raisons techniques, plus coûteux à exploiter, un baril à près de 100 dollars plaide à la défaveur d’un développement de solutions alternatives. Partant du constat qu’il « n’existe encore aujourd’hui que peu d’alternatives aux hydrocarbures », elles s’intéressent aux deux domaines « plus stratégiques qu’il n’y parait » au regard de ce « défi majeur » : les transports et l’agriculture. En effet, les alternatives en question « sont pour l’instant fortement liées à l’agriculture et l’usage des biocarburants se développe peu à peu ». Conséquence : une rareté et donc « un renchérissement des prix de certaines productions de l’agriculture ». Paradoxalement, cette « intensification de l’agriculture réclamera toujours plus de pétrole ». En pleine réforme de la Politique agricole commune, les problématiques s’entrecroisent : « l’objectif de sécurité des approvisionnements [énergétiques] ne doit pas se faire aux dépends de notre sécurité ».

Concernant les biocarburants, la « prudence » est donc de mise. Sur Domaine d’extension de la lutte, on s’intéresse à la hausse du prix du blé qui influe nécessairement sur celui de produits de première nécessité. En cause, les mauvaises récoltes de 2006 et 2007, les demandes croissantes de la Chine, de l’Inde et de la Russie, mais également le développement des biocarburants ! Inquiétudes donc en France où « nous n’avons pas les surfaces disponible pour répondre aux deux enjeux alimentaire et énergétique ». Les engagements des gouvernements américains et français (au-delà même des préconisations de l’UE) en terme de pourcentage de biocarburants dans les carburants routiers laissent « songeur », voir « rageur », « quand on sait que les fonds de pensions américains et des boursicoteurs ont spéculé sur le marché du blé.

Josef Schmidhuber analyse pour Notre Europe « l’impact d’une utilisation croissante de la biomasse sur les marchés agricoles ». « La demande potentielle en provenance du marché de l’énergie est tellement vaste qu’elle pourrait se traduire par un changement du paradigme global qui régit les marchés agricoles internationaux depuis ces quarante dernières années. » Si cette évolution pose le défi de la sécurité alimentaire, la « renaissance de l’agriculture » peut contribuer, par exemple, à revitaliser les zones rurales.

L’auteur se demande si, à cet essor des biocarburants de première génération, ne va pas succéder un nouveau cycle de récession. En cause : « un possible surinvestissement en faveur de la production bioénergétique » alimenté par « l’engagement croissant des institutions financières internationales », « les mesures de protection et de soutien des biocarburants » et « les nouvelles initiatives politiques à l’échelle internationales ».

« L’interdépendance croissante des prix agricole et des prix de l’énergie » se traduira par un double mécanisme, selon Josef Schmidhuber. D’une part, « un mécanisme de fixation d’un prix plancher » est d’ores et déjà observable et se traduit notamment par « la hausse globale des prix des produits agricoles ». D’autre part, « un mécanisme de fixation d’un prix plafond équivalant au prix des matières premières agricoles sur le marché de l’énergie » est à venir. En conclusion, « les inquiétudes concernant l’imminence d’un scénario néo-malthusien d’ampleur mondial sont justifiées ». Aux institutions internationales donc de s’assurer « que les distorsions politiques des marchés agricoles des pays en développement, endiguées à grande peine au cours des années 1999, ne réapparaissent pas par la porte dérobée des bioénergies ».

Pour finir, un compte-rendu (vidéo) du petit-déjeuner organisé par la Fondation pour l’innovation politique le 7 novembre est disponible depuis mardi. Celui-ci avait pour thème l’indépendance énergétique de l’UE et plus précisément autour de la mer Noire.

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