Galileo : va-t-il enfin tourner ?

Le 23 novembre dernier les députés européens et les ministres européens du Budget ont enfin trouvé un accord sur le financement de Galileo (voir aussi notre dossier d’actualité), futur concurrent du GPS américain. Ce projet de radionavigation par satellite européen remonte à 1999 et devait être opérationnel en 2008 !

Le 22 novembre, le groupe parlementaire européen PSE avait appelé à sauver Galileo : « il est extrêmement  important de maintenir ce projet en vie si l’Europe veut rester compétitive et indépendante vis-à-vis des Etats-Unis, de la Russie, voire de la Chine, dans un secteur ultra-stratégique ». Hier, le PPE-DE saluait « un compromis raisonnable ». L’ensemble de la phase de déploiement de Galileo qui doit s’achever en 2013 est chiffré à 3,4 milliards d’euros. 1 milliard d’euros avait déjà été budgété, 2,4 restaient donc à trouver. Le 19 septembre déjà, Les Verts « se félicitaient de la proposition de la Commission d’utiliser les fonds non-utilisés et le reste des marges à l’intérieur du budget de l’UE pour réaliser le projet Galileo ». C’est chose faite.

« Le projet Galileo sera financé grâce aux céréales », titre PlusDeTech. En effet, ces 2.4 milliards proviennent à hauteur de 1,6 milliard d’euros de la Politique agricole commune (PAC) qui profite d’une « bonne tenue des cours mondiaux de céréales ». Ainsi, « le consortium privé qui avait été choisi a renoncé à participer au financement de l’infrastructure de 30 satellites », précise Daniel Riot.

Le 23 octobre dernier, Jean Quatremer revenait sur ce « Dallas spatial » qu’est Galileo. « Le consortium [paneuropéen] chargé de la mise en œuvre du satellite européen Galileo n’a pas trouvé d’accords sur un position commercial commune », pouvait-on lire le 23 mai 2007 sur le site de CaféBabel, qui poursuit : « le retard causé par les désaccords entre les entreprises chargées de la gestion de Galileo pourrait donc entacher la viabilité économique du projet ». Si Galileo est technologiquement supérieur à l’actuel GPS, il devra faire face à la concurrence d’une version améliorée de celui-ci (elle aussi en retard), mais aussi au chinois Beidou prévu pour 2012.

La Commission européenne table aujourd’hui sur une date de lancement de Galileo à l’horizon 2013. Les 8 partenaires (Aena, Alcatel, EADS, Finmeccanica, Hispasat, Inmarsat, Thales et TeleOp) négociaient depuis octobre 2005 ! La cause de ces retards, toujours selon CaféBabel : la structure décisionnelle bicéphale du projet, avec d’un côté « le développement technologique placé sous la responsabilité de l’ESA », et de l’autre « la concession et l’exploitation du satellite confiées à la Galileo Operating Compagny et supervisées par la Commission » européenne. D’où le titre de l’article tout en sous-entendu « Galileo : l’airbus de l’espace ? ». « Contrairement à la leçon que l’on croyait devoir tirer des mésaventures (euphémisme) d’Airbus, c’est à un financement public que Galileo doit son sauvetage. Il est des dogmes comme des certitudes, il faut avoir l’honnêteté de les rancarter le temps de réaliser une opération d’exception », commente Candide sur son blog Libre cours. Depuis le mois de mai, la Commission européenne cherche en effet à reprendre la main sur ce projet.

« A l’heure où, pour affronter cette concurrence prévisible, la redevance pour l’usage des puces GPS est tombée en dessous d’une euros pièce, il y avait urgence », analyse Gus (Publius), qui poursuit ironiquement : « le premier commentateur à trouver une utilité à Galileo non-fournie par l’un ou l’autre des 5 systèmes concurrents a gagné ». Finalement, avec l’accord du 24 novembre, « l’Union décide de foutre en l’air du fric ».

Globalement cet accord est néanmoins plutôt bien accueilli. « Il est moins une pour Galileo » titre la Libre Belgique. « Mieux vaut tard que jamais ! », titre pour sa part le site des Euros du villages qui précise : « seule l’Allemagne, malgré les garanties importantes sur sa principale inquiétude (le fait que ses entreprises risquent d’être évincées par la domination du français Thalès), s’est opposée à ce financement, au nom du principe selon lequel les sommes non-dépensées doivent revenir aux Etats contributeurs et ne peuvent être réallouées ».

Mise à jour :

Le 27 novembre Eurotopics se fait écho d’un article du Times qui s’interroge sur Galileo : est-ce une perte de temps et d’argent ? Ce qui rejoint quelque peu les propos de Gus sur Publius. Pour le quotidien anglais « l’UE paie trop cher (avec l’argent des contribuables) pour un système hyper-complexe qui ne marche pas, boudé par les entreprises privées, et qui est sans doute déjà mis hors de course par ses rivaux avant même son lancement ».

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