Réforme de la Politique agricole commune : PAC ou pas CAP ?

Le 20 novembre, la Commission européenne a publié une communication qui avait pour ambition à la fois d’établir un « bilan de santé » de la Politique agricole commune (PAC ou CAP en anglais) et de marquer le début d’une consultation devant déboucher sur un réexamen de la PAC.

Comme le signale Fenêtre sur l’Europe, il s’agit d’adapter la PAC « à l’élargissement, à la mondialisation et à la flambée des prix des denrées alimentaires ». Les propositions de Mariann Fischer Boel, Commissaire en charge de l’Agriculture risquent « de fâcher la Grande-Bretagne et l’Allemagne ». En effet, ces derniers sont les premiers bénéficiaires des « aides individuelles les plus élevées versées aux grosses exploitations » qui devraient êtres réduites, l’idée de la Commission étant de « réorienter les financements vers les nouveaux défis que sont le changement climatique, la gestion de l’eau et la biodiversité ».

Les groupes parlementaires ont réagi à cette communication. Le PSE « réserve un accueil positif à la proposition » de la Commission européenne, « mais constate aussi un certain manque d’ambition […] dans la définition de l’agriculture d’après 2013  » : le PSE refuse notamment toute « mesure qui pourrait exclure les petits agriculteurs du système des aides ». Le communiqué de presse du PPE-ED salue, quant à lui, une révision « sans casser le système ». Si le budget alloué à la PAC devrait sensiblement diminuer tout en permettant de garantir la sécurité alimentaire, le député allemand, Lutz Gospel, invite néanmoins à « ne pas négliger des questions d’une importance primordiale, comme la préservation des paysages culturels, de l’environnement et du développement futur des zones rurales ». Pour Les Verts, le projet manque aussi d’ambition. Ils se félicitent des propositions visant à réduire l’inégalité de subventions par écrêtement des plus hauts versements, mais déplorent une orientation libérale de la PAC, à savoir une dérégulation mettant par exemple un terme aux quotas laitiers. Par ailleurs, les propositions de la Commission européenne ne leurs paraissent pas suffisantes pour permettre l’émergence d’une agriculture à haute performance environnementale.

Pour Gus, sur Publius, la hausse actuelle des prix agricole est « une occasion unique et inespérée de réformer très profondément et consensuellement la PAC », mais derrière les euphémismes des décideurs politiques se cache une volonté de « réduire très significativement le poids de la PAC dans le budget européen », loin donc des considérations environnementales.

La Frankfurter Allgemeine Zeitung s’interroge : « les subventions agricoles sont-elles encore utiles ? » Les 50 milliards d’euros consacrés chaque année à la PAC afin de garantir une sécurité alimentaire ne sont « plus d’actualité », selon le journaliste, d’autant moins « en cette période d’augmentation des prix agricoles et de restrictions budgétaire » : « une partie du budget pourrait alors être investi dans la recherche ou – mieux encore  – être restituée aux contribuables ».

Le Journal du Développement durable revient sur le « bilan contesté » que dresse la Commission européenne de la PAC. Il se fait écho de la position critique de la Confédération paysanne, pour laquelle le « document émis par la Commission », qui « n’est pas un bilan mais un projet d’orientation vers plus de libéralisme » et relègue « l’environnement au pilier du développement rural » en ne faisant plus « aucune référence à l’alimentation ». Le Journal est sceptique quant à la dimension environnementale du « projet » : « aucun objectif n’a été défini concernant notamment la protection de l’eau, les pesticides ou encore la qualité des aliments ».

Sur son blog, Michel Sorin, responsable MRC en Mayenne, met en garde : cette réforme de la PAC a lieu dans un contexte de hausse des prix agricoles qui « pourrait bien être à double tranchant ». En effet, « il pourrait provoquer des hausses de revenus, mais aussi un désengagement des politiques » risqué pour les paysans, dans la mesure où les marchés agricoles sont « particulièrement volatiles ».

« Alors que l’actuelle flambée des prix agricole précipite la remise en cause de la PAC », celle-ci « peut-elle s’adapter aux nouvelles règles du marché ? », s’interroge Franck Lirzin, pour CaféBabel. Si au sortir de la guerre, la PAC avait pour ambition de reconstruire une agriculture européenne afin d’en faire « le premier exportateur mondial » via des taxes aux frontières et des subventions aux agriculteurs, aujourd’hui « les pays pauvres accusent l’UE de concurrence déloyales ». Quant aux quotas imposés, « les agriculteurs grognent car ils ne peuvent bénéficier [pleinement] de cette flambée » des prix.

Pour finir, CaféBabel propose « un tour d’Europe des cultures de saison ». De l’huile de colza d’Allemagne, de Tchéquie, de France et de Suède, de l’huile d’olive d’Espagne, d’Italie et de Grèce, en passant par les vignobles toscans, les oranges d’Espagne et les champs de cotons de Cordoue, pour finir en Flandres avec les cultures de betteraves, quels sont ici et là les impacts de la PAC ?

Une présentation des propositions détaillées pour une révision de la PAC devrait avoir lieu en mai 2008.

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