Prune Antoine (EUrotik) : « Le sexe pour vendre l’UE oui, mais l’humour ne fait pas de mal non plus »

Trois questions à Prune Antoine, rédactrice en chef de la version française de cafebabel.com et animatrice de EUrotik, un blog qui présente l’Europe sous ses aspects les plus coquins.

Diriez-vous de votre blog qu’il parle d’Europe sous l’angle du sexe ou bien qu’il parle de sexe sous un angle européen ?

Le blog Eurotik est parti de mon obsession pour les garçons et de la fixette que fait mon supérieur sur l’augmentation du nombre de connexions ! Sur internet, le mot ‘SEXE’ qui clignote est synonyme de clics. C’est de l’opportunisme virtuel en somme. Non, l’idée de départ était de parler d’Europe bien sûr, mais d’une manière décalée, légère et drôle. Donner une autre image, plus pétillante, plus originale, de ce qui nous rapproche/sépare de nos voisins. Savoir que la capote en spray est une invention germanique ou que le gouvernement catalan sponsorise les films pornos, c’est plutôt rigolo. Et ça change des problèmes de la PAC.

Pensez-vous qu’il y ait une spécificité européenne en la matière ? Et des différences marquantes entre les pays d’Europe ?

Le sexe est la chose au monde la mieux partagée. Que ce soit en Europe ou ailleurs, les pratiques sont les mêmes, non ? La seule ‘différence’ entre les Vingt Sept en matière de galipettes, c’est peut être la façon d’en parler. Quand les Français déblatèrent publiquement sur leurs acrobaties sous la couette, les Nordiques ont l’habitude de la jouer plus pudiques. Impossible toutefois de généraliser et créer un ‘mur de la décence’ entre pays pudibonds et débauchés. Cela dépend de l’environnement, la profession, l’éducation…

Je vois assez mal un agriculteur britannique ergoter sur les vertus de la brouette javanaise alors que n’importe quel intello précaire parisien peut vous indiquer au moins une adresse de boite échangiste. Il est vrai que les pays de l’Est semblent moins libres dans leur discours sur la sexualité (cf : la supercatholique Pologne). Mais d’un autre côté, une certaine intolérance subsiste même dans les pays soi-disant ‘ouverts’. En Italie par exemple, l’homosexualité n’est pas si bien acceptée alors que le premier mâle venu n’hésitera pas à détailler ouvertement ses exploits de latin lover.

Finalement, ce qui est différent et parfois tabou, n’est pas le sexe en lui-même mais ce qui vient avant, ou après : la contraception ou l’avortement. A ce propos, les conceptions sont extrêmement divergentes.

Récemment, la Commission a diffusé sur Internet une vidéo au contenu explicite pour promouvoir le programme Media. Pensez-vous que le sexe soit un bon « argument de vente » pour l’Union européenne ?

Le sexe est devenu le meilleur outil marketing : que ce soit pour vendre des crêpes ou l’Union européenne. Le cul s’affiche partout, constamment et au détriment d’un certain esprit critique. Je n’ai rien contre le ‘concept du bonobo’ mais cette pornographie ambiante ne fait que masquer le retour à un certain puritanisme. Entre un spot ‘Chouette, un orgasme avec mon shampoing’ et la diffusion d’une vidéo ‘olé-olé’ sur un programme européen de soutien au cinéma, on n’est pas dans le même objectif.

L’UE n’est pas un produit de consommation mais une réalité quotidienne. Dans la mesure où tout le monde s’en fiche, je comprends que les chargés de com s’arrachent les cheveux pour vendre le processus de Bologne ou Bolkestein et, en désespoir de cause, en recourent finalement au plus évident. Alors le sexe pour vendre l’UE oui, mais l’humour ne fait pas de mal non plus.

[EUrotik]

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