ONU : le siège de la France menacé ?

La lettre volée se fait l’écho d’un débat initié au Royaume Uni par le think tank Open Europe, qui vient de publier un « guide du traité constitutionnel » (il s’agit en fait du projet traité « modificatif », qu’Open Europe considère comme identique au traité constitutionnel européen).

L’une des clauses du projet de traité, présenté par la présidence portugaise sur la base des conclusions du dernier Conseil européen, indiquerait en effet: « Les états membres qui siègent au Conseil de sécurité de l’ONU devront demander que le haut représentant [aux affaires étrangères] soit invité à présenter la position de l’Union européenne » (traduction de Edgar). « Inutile de dire que les états membres, de fait, ne pourront exprimer une position différente et renoncent ainsi à l’utilité de leur siège » en conclut Edgar.

Une conclusion tempérée par certains commentateurs, dont le très actif Valéry, qui souligne que cette clause ne s’appliquerait qu’en cas de position européenne commune. « C’est seulement lorsqu’il y aura consensus des gouvernements nationaux (Darfour ?) que le haut représentant/ministre des affaires étrangères viendra en appui des représentants anglais et français défendre une position qui par définition sera la leur » ajoute Jean-Michel Fayard.

Dans son billet suivant, Edgar dépasse cet argument et prophétise la création d’un siège européen unique, au nom de la « méthode des petits pas » : « L’étape suivante de l’avancement triomphal de l’europe consistera donc à marteler que les représentants nationaux n’ont plus d’utilité, puis la PESC sera à majorité de moins en moins qualifiée, sur un nombre de sujets croissants. Tant et si bien que les représentants nationaux finiront par sauter ».

L’avenir dira si cet argument agité par les eurosceptiques britanniques, notamment afin d’obtenir du gouvernement Brown la tenue d’un référendum sur le prochain traité, rencontrera un écho dans le débat français.

[La lettre volée]

7 commentaires

  1. La perspective d’un siège européen unique serait en effet un aboutissement logique et souhaitable mais il faudrait d’abord arriver à définir une véritable politique étrangère commune ce qui n’est pas le cas aujourd’hui puisque l’on y renonce dès que les divergences de vue sont trop grandes.

    Ensuite que cette perspective – très hypothétique et éloignée – fasse bondir sur leur chaise les nationalistes c’est bien peu surprenant. En général cela veut dire que l’on va quand même dans le bon sens. Pour ma part je considère que peu importe le nombre de siège pourvu que les Européens défendent les même positions.

    Il faut aussi réagir aux propagandistes anti-européen qui veulent faire croire que le mini-traité en gestation est identique au traité constitutionnel: c’est parfaitement faux, sans quoi les partisans du TCE soutiendraient le nouveau texte sans hésiter ce qui est loin d’être le cas.

    Pour revenir à la question de la politique étrangère commune – puisque la polémique bidon sur le siège aux Nations unies revient à parler de cela, le traité constitutionnel ne faisait qu’ajouter quelques outils pour aider à sa définition. Ces outils sont essentiels pour progresser mais reste bien loin des espoirs des pro-européens et des cauchemards des nationalistes.

  2. Une précision s’impose concernant le think tank Open Europe, parce que, vu de ce côté-ci de la Manche, il s’agit vraiment d’une curiosité !

    Open Europe considère que l’intégration a échoué et n’a au fond servi qu’à nourir une bureaucratie européenne pléthorique.

    Que le salut de l’Europe est dans une réforme libérale « radicale » de l’économie des Etats.

    Bref, des eurosceptiques libéraux ! De quoi considérer la prétendue nature libérale de l’UE avec un peu de recul ;)

  3. @edgar:

    Je ne cherchais pas à caricaturer le libéralisme politique en néolibéralisme économique, pas plus que ne m’était venue l’idée de critiquer vos sources.

    Je remarquais simplement le point de vue exotique d’Open Democracy pour qui, au fond, l’Union européenne est avant tout un régulateur de trop :

    « The EU’s over-loaded institutions, held in low regard by Europe’s citizens, are ill-equipped to adapt to the pressing challenges of weak economic growth, rising global competition, insecurity and a looming demographic crisis.

    Open Europe believes that the EU must now embrace radical reform based on economic liberalisation, a looser and more flexible structure, and greater transparency and accountability if it is to overcome these challenges, and succeed in the twenty first century. »

  4. Harrison : oui ce sont des libéraux. Je te signale que la dernière parte de leur texte pourrait être signée de la Commission, sans changer une virgule.

    Ils veulent aller encore plus loin que la Commission, ça les regarde.

    Je n’exclus pas qu’une bonne part d’entre eux ne préfère des règles sur lesquelles ils ont pu avoir un poids lors de leur élaboration, plutôt que des règles sorties d’un chapeau, même grand, et abritant 25 fois plus de lobbyistes par fonctionnaire « fédéral » qu’à Washington (source Florence Autret, note « Bruxelles-Washington » pour La République des Idées).

  5. je sais pas toi, mais j’aimerais être aussi médiocre que lui.

    Avoir voté contre l’envoi d’une délégation française aux JO de Berlin en 1936, combattu dans la RAF, avoir représenté la France au FMI en 1945, mis fin à la guerre d’Indochine, préparé l’indépendance de la Tunisie, travaillé à rapprocher Israël et les palestiniens.

    Libre à toi de préférer de gentils européens, tu peux les garder comme référence, PMF me suffit.

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