Propagande d’Etat sur le web au Bélarus

Philippe Perchoc attire l’attention des lecteurs de Nouvelle Europe sur un événement qui suscite bien moins de commentaires que la création d’une plateforme de vidéos par la Commission européenne : « le lancement d’un anti-EU-Tube par l’un des derniers régimes autoritaires d’Europe, le Belarus ».

Le gouvernement de ce pays, après avoir bloqué le développement du haut débit et mis en place une surveillance des utilisateurs de cybercafés, a décidé d’utiliser Internet à des fins de propagande en lançant une plateforme de partage de vidéos baptisée ITV.
« Certains pensaient déjà que le web jouerait un rôle bien plus grand que n’avaient joué les radios libres comme Radio Free Europe ou Radio Liberty dans la chute de l’URSS », écrit Philippe Perchoc. Apparemment, c’est loin d’être le cas au Bélarus, pays russophone de 10 millions d’habitants, frontalier de la Pologne, de la Lituanie et de la Lettonie.

Nouvelle Europe publie également un entretien avec Jean-René Rabier, ancien directeur de cabinet de Jean Monnet au Commissariat au Plan.


[Nouvelle Europe]

5 commentaires

  1. Merci de cette reprise. Si je peux me permettre une précision, le Bélarus n’est pas un Etat russophone. La langue bélarussienne est différente du russe, même si c’est aussi une langue slave.
    Pour plus de précision sur cette question linguistique, sur la problématique identitaire et ses racines politiques, Nouvelle Europe a publié une étude intitulée « L’identité biélorusse au coeur de la transition » dans la rubrique CEI.

    Cordialement,

    Philippe Perchoc

  2. votre article me fait sourire.
    Quand c’est la Commission européenne qui crée EU Tube, c’est la démonstration de la démocratie et d’une ouverture vers de nouveaux modes de communication vers les citoyens. Quand il s’agit de la Biélorussie de M. Lukashenko, le développement d’une chaîne TV en ligne est une grande démonstration de propagande.
    Ce constat amène deux conclusions. Soit la Biélorussie a pris le train en route et a décidé de mener une politique de séduction des citoyens, et cela s’apparente à une campagne de communication classique au même titre que la Commission.
    Soit finalement en mettant en parallèle la Biélorussie et la Commission européenne, on assiste à deux campagnes de propagande..
    Au passage je remarque que dans ces deux exemples, le but est d’assoir une légitimité chancelante. Le rédacteur de ce post ne pensait pas que cela le ramènerait à cette conclusion.

    je ne vois pas pourquoi la création de cette chaîne en Biélorussie est si extraordinaire. M. Perchoc semble faire la confusion entre les moyens de communication (le contenant, ou dans le jargon « les tuyaux »), avec le contenu. Les nouveaux moyens de communication permettent de faciliter la communication et libère la parole. Finalement, internet serait peut être le meilleur moyen pour renforcer le dernier régime encore « socialiste » et le salut de la Commission européenne la mal aimée en mal de popularité.

    M Perchoc,je trouve votre parallèle très intéressant entre la situation actuelle et le mouvement qu’a pu suscité Radio Free Europe. Là encore, au niveau de l’histoire, il ne faut pas surestimer le pouvoir des médias. Certes, Radio Free Europe a eu un impact dans les opinions publiques, mais l’audience n’a jamais été très forte dans le s pays d’Europe centrale. C’était un peu la caution des pays de l’Ouest qui pouvaient se targuer de lutter en faveur de la démocratie.

    l’HIstoire se fait par les hommes. Rien n’aurait été fait sans les choix de Gorbatchev, le lapsus de Schabowski.
    La Bonne parole démocratique ne pourra pas s’étendre de cette façon dans le pays de nos chers voisins biélorusses.

  3. Suite…

    Il ne me semble pas confondre le contenant et le contenu.

    Explications techniques:

    – EU-Tube n’est pas un site Internet sponsorisé par la Commission Européenne. La Commission s’est enregistrée comme un utilisateur sur le site « Youtube » et y a posté des vidéos. Cette démarche aurait été très différente et plus criticable si elle avait créé son propre site Internet et filtré les accès pour que seules des vidéos favorables soient postées.
    Les vidéos de la Commission sont du contenu offerts à un contenant public et donc d’autres peuvent poster des vidéos anti-EU sur Youtube.

    – ITV est un « contenant » un site sur lequel on ne peut pas encore vraiment juger le « contenu » (y aura t il ou non des vidéos de Loukashenko parlant au Biélorusses?) mais dont on peut penser qu’il n’accueillera pas favorablement les vidéos de l’opposition au régime en place.

    Rien n’empêche Alexandre Loukashenko de créer un utilisateur « Bélarus » sur Youtube et dans ce cas, on pourra vraiment parler d’égalité entre les deux « propagandes ».

    Que les vidéos soient de la propagande dans un sens et dans l’autre, soit! Comme telle, il est préférable qu’elles soient ouvertes à la critique. ITV ne semble pas aujourd’hui en apporter les garanties. Par ailleurs, les conditions d’accès des Biélorusses à l’Internet créent une distorsion dans l’accès aux sources dont ITV essaie de jouer.

    Pour revenir à Radio Free Europe. Je suis d’accord avec vous, il ne faut pas en exagérer la portée mais il faudrait aussi en faire l’histoire. Il est évident que ces radios furent beaucoup plus actives à la fin des années 80.
    Par ailleurs, elles eurent aussi une portée symbolique en permettant à des exilés d’agir du dehors. Le meilleur exemple est surement celui de Toomas Ilves, le nouveau président estonien qui a fait toute sa carrière chez RFE.

    Enfin pour revenir à la Biélorussie (d’ailleurs je vous conseille la lecture de notre étude), il est entendu que cette méthode de soutien médiatique n’est pas la panacée. Elle me semble néanmoins importante, mais je crois que la déstabilisation finale du régime viendra plus de Moscou que de Bruxelles. Mais là, il faudra se tenir prêts à agir.

  4. @vdoxon : Il est parfaitement légitime que la Commission comme toute institution puisse communiquer sur son action : elle utilise comme l’avait fait avant elle le gouvernement britannique par exemple un outil accessible par tous et c’est une bonne chose. Seuls peuvent le regretter ceux qui souhaitent que les citoyens restent dans l’ignorance de l’action communautaire car c’est cette ignorance qui leur permet de nourrir leur propagande nationaliste.

    Le cas de figure de la Biélorussie est tout autre car il s’agit d’une dictature qui loin de s’insérer dans l’usage normal de l’internet tente d’en contrôler l’accès par ses propres citoyens et d’imposer les contenus officiels contre le pluralisme que permet la toile dans les pays libres.

  5. Pour votre information, mon cher Monsieur, si vous aviez été au Belarus, vous sauriez que le russe est la langue majoritairement parlée, et que le biélorusse est (difficilement) enseigné dans les écoles. Le biélorusse est essentiellement parlé dans les campagnes, imposé pour les textes officiels et n’est pas soutenu ouvertement par les habitants, qui sont en grande partie de langue maternelle russe. Rien à voir par exemple avec l’Ukrainien, qui fait part égale avec le russe en Ukraine.

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