Eolas : « L’Internet permet un contact direct entre les citoyens de divers pays de l’Union »

Eolas est l’une des signatures les plus célèbres de la blogosphère politique française. Sur son blog, Journal d’un Avocat, il décrit de l’intérieur le fonctionnement de la justice française. Discussion autour de l’Europe, du droit et des potentialités du web européen.

Quelle place occupent les questions européennes dans votre activité de blogueur ?
Dans le cadre de mon activité principale, sur le blog Journal d’un Avocat, une place mineure mais permanente. Plusieurs fois, des questions juridiques que j’aborde sont liées au droit européen. Directement, quand j’explique ce qu’un candidat à l’élection présidentielle feint de ne pas comprendre sur la TVA et l’Europe, indirectement, quand je parle de ce qui à l’époque était un projet de loi et est devenu la loi DADVSI, et qui était sur bien des points la transcription d’une directive européenne, donc une obligation pour la France. Depuis l’échec du referendum sur le Traité constitutionnel, les thèmes européens ont nettement diminué. L’Europe n’était plus guère à la mode, jusqu’à ce que les candidats du non soient balayés lors de la dernière présidentielle, perdant ainsi leur légitimité usurpée. La relance du processus de réforme des institutions où la France joue un certain rôle va peut être changer la donne et m’amener à en parler un peu plus.

Avec quelques blogueurs passionnés par l’actualité européenne, vous êtes à l’origine de Publius. Où en est ce projet ?
Comme l’Europe : en sommeil agité. Ce blog a été créé dans le cadre de la campagne pour le referendum, en réunissant des blogueurs de divers horizons (droite et gauche, sociaux et libéraux, même un noniste) pour expliquer clairement et concrètement l’importance de ce projet et de la nécessité de lui dire oui (ou non).


La panne du processus de réforme des institutions, et la désillusion du résultat – sauf pour l’un d’entre nous – nous a fait rentrer chacun en nos pénates. Mais l’unanimité des participants a décidé de continuer ce blog, qui a eu des records de fréquentation extraordinaires lors de la campagne électorale. Il aura un rôle d’information à jouer, et ce fut une aventure tellement extraordinaire et palpitante qu’il était hors de question d’y mettre fin. En fait, le parallèle entre notre fonctionnement et celui de l’Europe a été un sujet de plaisanterie récurent. Nous étions des blogueurs indépendants, divers, qui nous unissions autour d’un projet commun, dont les décisions étaient prises à l’unanimité au fil de palabres sans fin, et dont le fonctionnement improbable a donné un résultat au delà de nos espérances.

Sur la page d’accueil de votre blog, figurent un drapeau européen et le logo « Ensemble depuis 1957 » décliné dans toutes les langues de l’UE. Que vous inspire l’absence dans le prochain traité européen de référence aux symboles de l’UE ?
Un regret, mais sans plus. Regret car je suis clairement dans le camps des fédéralistes. L’Union européenne, quels que soit les méandres qu’elle emprunte, finira par être un Etat fédéral. Que ce futur Etat n’ait pas officiellement un drapeau et un hymne est secondaire. Qu’il ait d’abord une existence, et les fanfreluches suivront. Le drapeau ne va pas disparaitre des photos officielles et des bâtiments publics pour autant. Ca reste un symbole, ca ne devient pas encore une bannière. Après tout, ces symboles ont simplement été pris au conseil de l’Europe. Mais l’Union Européenne va bel et bien acquérir la personnalité juridique. Ca, c’est un grand pas. S’il se paye en rangeant un temps un bout de tissu, fort bien. Il y en aura toujours un sur mon balcon le 9 mai, et j’aurai toujours un frisson en écoutant le dernier mouvement de la neuvième symphonie.

Le blog britannique A Fistful of Euros vous a récemment décerné le « pyjama de satin » du meilleur blog français. Faut-il voir dans ce type d’échanges entre blogueurs européens la manifestation sur le web d’un « espace public européen » ?
Sans nul doute. L’Internet permet un contact direct entre citoyens de divers pays de l’Union, comme il y a a dix ans le programme Erasmus permettait de jeter des ponts entre pays. Ce site est un exemple parfait : divers contributeurs, de divers pays, qui parlent de l’actualité interne des pays de l’Union, en ce qu’elle peut rejaillir sur les autres pays. Et le contenu est de qualité car je ne trouve pas d’analyses aussi détaillées et pertinentes dans la presse française, surtout pour les élections hollandaises, estonniennes ou hongroises. La presse française ne s’intéresse qu’à l’Angleterre, l’Allemagne et l’Italie, pays à sa mesure. Et pourtant, c’est sur AFOE que j’ai trouvé l’explication détaillée de la coupure d’électricité du 4 novembre 2006, et la démonstration que cette coupure montrait que l’Europe de l’électricité fonctionnait formidablement bien, à rebours des commentaires hâtifs faits en France, en ayant évité un blackout comme celui qu’a connu New York.

En tant qu’avocat, vous vous intéressez certainement à l’espace européen de sécurité et de justice. En deux mots, que vous inspire l’évolution de ce pilier de l’UE ?
Vigilance et espoir. Le droit européen est prévisible et permet d’anticiper les réformes (ce qui est impossible en France, la politique pénale française étant brouillonne, pour être diplomate). Espoir, car le droit européen peut donner les moyens au pouvoir judiciaire français de s’émanciper de la tutelle où l’ont placé les révolutionnaires et devenir enfin ce qu’il est déjà partout ailleurs : un vrai contre pouvoir.

[Journal d’un Avocat]

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